Jay-Jay Johanson, chanteur : ‘Londres était l’endroit de mes premières escapades : je prenais le bateau de Gothenburg à Harwich…’

aDSC_3183wcbwmix70BW-1J’ai découvert le premier album de Jay-Jay Johanson, ‘Whiskey’, dans le nord de l’Espagne, en pleine ambiance trip hop de la fin des années 90. Revenant à Paris, ‘So Tell The Girls That I Am Back In Town’ était partout. Depuis, la musique de ce chanteur suédois a continué à évoluer : intrigante, par moment très sombre, elle fait appel à une grande diversité de styles, du jazz au techno.

Actuellement en tournée pour son neuvième album, le mélodieux ‘Cockroach’, Jay-Jay a trouvé un moment pour répondre à mes questions. Il propose d’échanger autour des deux concerts londoniens de la tournée, les 19 et 20 mars. Une chance de comprendre un peu mieux la personne qui est derrière cette voix riche et mélancolique.

(Né à Trollhättan, sur la côte ouest de la Suède, en 1969, Jay-Jay Johanson a grandi dans la petite ville de Skara, puis a déménagé à Stockholm pour faire une école d’art en 1991. Marié avec Laura Delicata depuis 10 ans. Leur fils Roman Sixten Lou Delicata Johanson a 7 ans.)

Où te sens tu le plus chez toi ?  Ici, chez moi, à Sundbyberg, dans la banlieue de Stockholm.

Que rêverais-tu de faire si tu avais plus de temps libre ?  Peindre, dessiner, prendre des photos, voyager en famille, apprendre à mieux jouer de la guitare.

En plus de la musique, y aurait-il une autre activité que tu aimerais pratiquer à long terme ?  Eh bien, le cinéma est quelque chose qui m’inspire beaucoup, j’adore faire mes clips. Donc oui, écrire un petit scénario, passer des auditions, créer une bande son et trouver un super photographe de plateau … ce serait vraiment génial.

Dans les moments difficiles qu’est-ce qui te fait continuer ?  La créativité, et la famille.

As-tu un groupe, ou un style de musique, vers lequel tu as l’impression de revenir régulièrement, ou qui t’a accompagné malgré les changements dans ta vie ?  Chet (Baker)… Et si je dois essayer de trouver quelque chose d’autre à répondre… Cocteau Twins, Velvet Underground, David Sylvian, Brian Eno, My Bloody Valentine…

Le plupart de tes chansons sont en anglais, mais des fois tu chantes en français. Quelle est ta relation avec la France ?  J’ai vécu en France en 1999, mais j’étais en tournée la plupart du temps. J’adore Paris, comme tout le monde…

DryBonesCover

Dry Bones, étonnante 2eme chanson de l’album Cockroach

J’aimerais essayer de comprendre ce qui t’inspire. Pas facile dans cette courte conversation… pourrais-tu au moins donner une idée ?  Je ne suis pas inspiré par d’autres musiciens quand il s’agit du moment spécifique de l’écriture, des paroles, de la mélodie. J’essaie plutôt de m’éloigner de toute influence. Par contre, quand on commence à arranger et à produire mes chansons, là, j’aime bien être inspiré, et je puise souvent mon inspiration dans la musique classique et les bandes sonores. Avant, j’étais obsédé par Herrman, John Barry, Ennio Moriccone et Michel Legrand, etc. L’aspect dramatique qu’on peut trouver dans cette musique est tellement énorme. Ce n’est pas le cas de la musique pop, donc j’essaie d’emmener un peu de ce côté théâtral, là, dans mes propres arrangements.

As-tu vu un changement dans ta façon de chercher l’inspiration à travers les années ?  Est-ce que, par exemple, tu vois une évolution dans ce qui t’influence ?  Mes chansons et mes compositions ont changés depuis que j’ai rencontré ma femme, et encore depuis que nous avons eu notre fils. Avant de rencontrer Laura, j’étais plus déprimé et suicidaire. Aujourd’hui, je me trouves plus romantique, et parano peut-être…

Pourrais-tu citer quelques groupes que tu as particulièrement appréciés ces dernières années ?  King Krule, Grimes, FKA Twigs, oh, il y en a des tas. J’aime beaucoup écouter de nouveaux groupes, des jeunes artistes créatifs et expérimentaux.

Parlons des débuts… Te souviens-tu du moment où tu as décidé : ‘Je veux devenir auteur-compositeur-interprète’ ?  C’est quand j’ai vu Chet Baker sur scène en 1984. Avant ce soir-là, je pensais qu’il fallait être fier, et bruyant, et extraverti pour être sur scène. Mais Chet était timide, il faisait pas beaucoup de bruit, il chuchotait sa tristesse dans le micro, et il avait déplacé sa chaise en dehors des lumières pour s’asseoir dans le noir sur scène. C’était incroyable. Et je pensais : ‘Moi aussi, je veux faire ça, moi aussi, je peux le faire…’

Quelle chanson as-tu eu le plus de plaisir à enregistrer, et pourquoi ?  Hmm… Le premier album ‘Whiskey’ était amusant parce que, pour moi, c’était la première fois dans un studio d’enregistrement. En particulier ‘The Girl I Love is Gone’ et ‘I’m Older Now’. ‘Poison’ était très spécial, en particulier ‘Believe in Us’ : je l’ai enregistré le jour de mes 30 ans, tout seul dans le studio. J’avais commencé le matin et la chanson était finie quand je me suis couché, le soir.

‘The Long Term Album’ était sympa à enregistrer parce que là, on était revenu en studio avec les mêmes musiciens que sur les trois premiers albums. ‘Monologue’ et ‘Shadows’ de l’album ‘Spellbound’ étaient très intéressants : je les ai faits tout seul, dans ma chambre. Je venais d’acheter une guitare acoustique, et je commençais à apprendre à la jouer.

Et puis, ‘Cockroach’… hmm… ‘Coincidence’ était un vrai plaisir, la structure étrange des batteries sur cette chanson-là a été tellement amusante à construire. Et ça a été un vrai plaisir d’enregistrer ma sœur ainée à la flute traversière pour ‘Hawkeye’. Elle a aussi joué de la flute pour ‘The Girl I Love is Gone’, la toute première chanson que nous avons enregistrée.

Quelles nouveautés prévois-tu pour l’année à venir ?  J’ai toujours voulu faire un album instrumental, pour ne pas devoir entendre ma voix tout le temps. Et j’ai un projet en cours avec Robin Guthrie des Cocteau Twins. On a déjà créé quelques très belles chansons… Je voudrais faire une tournée avec ces chansons, être sur scène avec Robin. J’espère que ça se fera prochainement. Et j’ai déjà commencé à écrire de nouvelles chansons pour un prochain album. La dernière chanson qu’on a faite sur l’album ‘Cockroach’ était ‘Hawkeye’, et j’imagine que je vais continuer à arranger et produire avec le même genre d’approche : un mélange entre instruments acoustiques, électriques et électroniques…Et beaucoup d’improvisation, comme toujours, récemment.

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Jay-Jay Johanson, pour l’album Cockroach

Maintenant… à propos de ces prochains concerts à Londres. Qu’est qui rend cette ville particulière pour toi ?  Ca fait des années que je suis en tournée à travers le monde, mais je n’ai jamais joué à Londres. Il était vraiment temps, et ça fait plaisir, après tant d’années, de faire quelque chose pour la première fois. Londres a une place toute spéciale dans mon coeur. C’était l’endroit de mes premières escapades : je prenais le bateau qui naviguait 24h/24 de Gothenburg à Harwich, puis le bus pour monter jusqu’à Londres. Je faisais ce voyage deux fois par an entre 1984 et 1996. J’adorais l’univers des clubs londoniens au milieu des années 80. Et puis, c’est redevenu incroyable à la fin des années 80, début des années 90. Et j’ai travaillé à Londres, au magazine i-D, en 1992.

Pourquoi avoir choisi comme salles de concert The Islington et The International Picture House ?  J’ai été invité à jouer aux deux endroits, et les deux soirées seront très différentes. Je veux dire, l’un est un club de rock traditionnel et l’autre une galerie. J’ai joué dans les plus grands festivals et les plus petits clubs de jazz, dans des musées, et même à la Factory d’Andy Warhol, et je pense que ma musique et mes performances sont adaptées à toutes ces situations. Ca va être super.

Y a-t-il une chanson que tu as particulièrement hâte de jouer à Londres ?  On va faire une ou deux chansons qu’on n’a jamais jouées en live. Je voulais apporter une première mondiale à cette occasion.

Qui t’accompagnera sur scène ?  Erik (Janson) sera avec moi en piano électrique et acoustique. Ca fait 30 ans que je le connais. Il est avec moi sur mes albums et mes concerts depuis toujours. D’habitude, on a aussi deux batteurs et un bassiste, mais, malheureusement, je ne pense pas que je vais pouvoir emmener tout le monde à ces concerts-là.

Les jours qui précèdent un concert, est-ce que tu prépares les chansons, les rejoues ? Non, je n’ai pas de préparation spéciale, je n’en ai jamais eu. Après le sound check, je vais créer une tracklist pour la soirée. Je dois voir la scène et la salle avant d’établir l’ordre des chansons.

As-tu des craintes avant des concerts (ou peut-être que pour quelqu’un avec ton expérience, cette question n’est plus pertinente) ?  Je n’ai jamais été inquiet ou nerveux avant un concert. J’ai hâte de jouer et j’essaie simplement de faire mon mieux.

Quelles sont tes attentes pour les 19 et 20 mars à Londres ?  J’espère que je passerai un bon moment et que le public y prendra plaisir. Et avec un peu de chance il y aura quelques personnes nouvelles dans la salle qui vont découvrir ma musique, et ils en parleront à leurs amis, qui en parleront à leurs amis…

Thank you Jay-Jay ! Je te souhaite beaucoup de plaisirs pour cette tournée, et je te donne rendez-vous après l’épisode londonien, pour reprendre notre conversation.

‘FIP Session Live’ avec Jay-Jay Johanson à l’occasion de la sortie de son album ‘Cockcroach’ (octobre 2013)

http://jayjayjohanson.tumblr.com/


L’original de cette interview était en anglais. Merci beaucoup à Hélène et Xavier pour votre aide avec l’adaptation en français.

 
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